vendredi, juin 30, 2006

La cérémonie du breuriez à Plougastel-Daoulas


Le breuriez (de breur, frère) était jadis une institution paroissiale qui se traduisait par un rituel complexe, une frairie, c’est à dire fête populaire. Dans la commune de Plougastel-Daoulas, qui occupe une presqu’île sur la rade de Brest, l’organisation que représentait le breuriez a donné son nom à la cérémonie. On parle de rituel ou de rite du breuriez et les habitants de Plougastel disent même tout simplement « le breuriez ».

Plougastel-Daoulas

« Santé, richesse, aptitude au progrès économique, combinée avec l’attachement à la tradition, parfait accord de l’individu et de son groupe, de l’homme et du sol, qu’est-ce donc que tout cela, si ce n’est pas le bonheur ? » C’est dans la conclusion d’un long article sur Plougastel-Daoulas en 1924, que Charles Le Goffic énumère en ces termes choisis quelques-unes des qualités qui ont contribué au développement du caractère si particulier et spécifique à cette commune.

Toutefois, ces quelques mots préfigurent également la situation future de la presqu’île, dont la désagrégation croissante des breuriez, qui est alors entamée dans les années 1920, représente l’un des effets les plus remarquables, les plus flagrants et les plus révélateurs d’une évolution inévitable.

En effet, cette « aptitude au progrès économique, combinée avec l’attachement à la tradition » ne pouvait se perpétuer dans l’avenir. Pourtant, la paroisse cornouaillaise à la limite du Léon conservera encore longtemps cet équilibre et cet “aspect autre”. Faisant encore figure aujourd’hui de « conservatoire breton », (selon Jean-Yves Eveillard, Donatien Laurent et Yves-Pascal Castel, voir la bibliographie en fin d’article) pour de nombreux chercheurs, Plougastel sera célébrée dès le XVIIIe siècle comme un “verger d’Eden”, et plus concrètement comme le « jardin de Brest », par les écrivains-voyageurs (tel Jacques Cambry), collecteurs et folkloristes qui la découvrent en la parcourant. Mais elle ne pourra en définitive faire front à l’ensemble de la conjoncture et des conditions socioculturelles évoluant sans cesse, et se trouvant constamment en but avec le mode de vie traditionnel de la communauté plougastellen.

Jusqu’au début du XXe siècle, la presqu’île de Plougastel-Daoulas n’est reliée que par deux petites routes la faisant communiquer avec Loperhet et Landerneau. Les relations avec Brest, éloignée d’une dizaine de kilomètres seulement, ne s’effectuent alors que par mer. Mais en 1907 un bac à vapeur est installé au lieu-dit du Passage (an Treiz), évitant ainsi entre Brest et Plougastel le détour par Landerneau. Enfin, étape décisive, on inaugure en 1930 le pont Albert Louppe, rapidement surnommé « pont de Plougastel ».

Les influences de la ville de Brest peuvent dès lors s’exercer directement sur la commune. Ainsi, les lois du marché, celles du développement de la ville de Brest et de sa Communauté Urbaine croissante, la déperdition de la langue bretonne et la diminution de ses locuteurs, l’exode des enfants délaissant la terre et la mer, l’inflation grandissante des nouveaux résidents, et tout simplement le progrès ; autant de conditions incompatibles avec le délicat « mécanisme » de l’ancienne société plougastellen, qui était fonction de la cohésion parfaite de tous les éléments nécessaires à son mode d’existence. De ce fait, les choses s’en sont allées les unes après les autres et les traditions avec elles.

La cérémonie du breuriez

En Bretagne, la Toussaint marque davantage la fête des trépassés que celle de tous les saints. Dans ce pays où « le séjour des morts se confond avec celui des vivants », écrit Anatole Le Braz, la Toussaint célèbre les âmes des disparus, des trépassés, et « ces êtres d’outre-tombe sont désignés par un nom collectif : ann Anaon, les Âmes.»

La Toussaint

Dans la commune de Plougastel-Daoulas, la Toussaint se confond aussi avec la « Fête des Morts » ou « Nuit des Morts ». C’est le jour de l’ancienne fête irlandaise du 1er novembre – samain –, qui marque le début et la fin de l’année. C’est l’époque des « calendes de l’hiver » (kala goañv), qui désignent en breton comme en gallois les premiers jours de novembre.

Mais si novembre est le mois des morts, il ne faut pas oublier qu’il est aussi le mois des semailles, le mois de la vie. C’est le début de la longue période des mois d’hiver, qu’on appelle en breton miziou du (“les mois noirs”) – du (novembre : noir), kerzu (décembre : entièrement noir) et genver (janvier, emprunté au latin), voir les travaux de Donatien Laurent.

Un rituel exprimant la solidarité envers les morts

À Plougastel, la solidarité entre vivants pour les membres d’un même breuriez existe également au-delà de la vie, et s’exprime envers les morts au cours d’un rituel représentant la manifestation la plus remarquable de cette forme de rapports privilégiés au jour de la Toussaint.

Cette manifestation constitue sans doute la forme essentielle de la solidarité entre membres d’un même breuriez. Elle leur permet une fois l’an de réunir toutes les familles pour participer à un rite funéraire particulier, afin d’affirmer la fraternité des vivants envers les morts et d’exprimer autant que conforter ainsi symboliquement leur unité et leur cohésion sociale par l’intermédiaire de leurs morts.

La raison de ce rite se trouve dans le rapport qui est établi entre la société des vivants et celle des morts. Cette attitude découle d’une conception particulière du Breton envers la mort, car en fait, écrit Anatole Le Braz, « pour lui, comme pour les Celtes primitifs, la mort est moins un changement de condition qu’un voyage, un départ pour un autre monde. »

Une institution paroissiale

Dans le cadre restreint et isolé de la presqu’île, cette conception de la mort prend donc la forme d’un rituel funéraire qui a peut-être été unique en Bretagne et même en France, et auquel s’ajoute la particularité d’avoir subsisté sous sa forme spontanée jusque dans la seconde moitié du XXe siècle, malgré un déclin entamé dans sa pratique au cours des années 1920.

Simple institution paroissiale en pratique, le breuriez est en fait un « système complexe » ainsi qu’une unité paysanne, et l’on peut estimer qu’il a sa raison d’être dans la cérémonie que la communauté des Plougastels a pu maintenir dans ses prolongements historiques. Il prend aujourd’hui encore la forme d’un rituel auquel correspondent un réseau d’entraide et un réseau territorial, constitués des regroupements de familles de plusieurs villages dans toute la commune. On en comptait 23 en 1915.

Un rituel qui diverge d’une cérémonie à l’autre

Le jour de la Toussaint les membres des 23 breuriez (bourg compris) se réunissent en autant de lieux, mais la forme et le déroulement que prennent ces cérémonies peuvent être sensiblement différents.

Si au premier abord, on reconnaît des éléments communs à chacune d’entre elles – comme l’« arbre », les pommes et le pain –, on remarque également des divergences. Celles-ci peuvent même être tellement importantes que l’on ne peut plus à proprement parler de cérémonies, puisqu’il n’y a parfois plus d’» arbre », de pommes, ni même de chants ou de prières ; il arrive même quelquefois qu’elles n’engendrent plus aucun rassemblement. Il ne reste alors que le pain, ou c’est au contraire celui-ci qui est manquant.

Pourtant, il est probable que les breuriez n’étaient pas aussi dissemblables avant les années 1920, mais on ne peut guère solliciter davantage au-delà la mémoire des plus anciens Plougastels aujourd’hui.

Un schéma identique malgré tout

Au cours du XXe siècle, les breuriez se sont désagrégés les uns après les autres, jusqu’au dernier à s’être déroulé spontanément en 1979 au village de Larmor (an Arvor). Aussi, les descriptions suivantes et les propos des Plougastels eux-mêmes rendent compte de cérémonies s’étant généralement déroulées entre les années 1940 et 1970. Néanmoins, ces témoignages permettent de dégager une trame ou un schéma représentatifs globalement identiques pour toutes les cérémonies.

Description générale du rituel

Le breuriez s’articule autour de la tradition du bara an anaon (« pain des trépassés ») et du gwezen an anaon (« arbre des trépassés »), ou gwezen ar vreuriez (« arbre de la frairie »). Chaque famille d’un breuriez doit être représentée ce jour de la Toussaint pour participer au rituel. Celui-ci commence habituellement au début de l’après-midi. Plusieurs dizaines d’habitants du breuriez, hommes, femmes et enfants se réunissent devant la maison de l’un d’entre eux, ou dans la grange si le temps est mauvais, et parfois en un lieu immuable pour tout le breuriez.

L’arbre du breuriez

Une fois que tout le monde est rassemblé commence alors l’adjudication du gwezen an anaon, qui est généralement un « arbre » stylisé d’une hauteur d’environ 1,50 m. L’« arbre » peut être taillé dans une branche de houx qui a été écotée, écorcée et taraudée, puis sur laquelle on a inséré plusieurs dents de bois. Sur chacune de celles-ci on a fiché une pomme, et la plus grosse est au sommet de l’« arbre ».

Le porteur de l’arbre du breuriez, qui peut être toujours le même ou bien l’adjudicateur de l’année, harangue l’assemblée pour faire monter les prix et s’interrompt lorsque plus personne ne surenchérit. Mais les enchères sont souvent fictives et l’acheteur connu à l’avance, puisque l’« arbre » est généralement adjugé à tour de rôle et que son parcours est réglé dans un breuriez selon un itinéraire qui passe de maison en maison dans chaque village, afin que chaque famille puisse normalement l’« acquérir » au moins une fois dans sa vie. L’adjudicataire reçoit alors l’arbre et laisse l’adjudicateur emporter la grosse pomme du sommet. Puis, il peut enfin emporter l’arbre et le conserver dans sa maison durant une année.

Le pain et les pommes

Sur une table recouverte d’un drap blanc ou d’une nappe (doucher) ont été déposés dans une corbeille des petits pains ronds que la famille adjudicatrice avait fait bénir au presbytère le matin même ou la veille par le prêtre. Parfois, cette famille s’occupe de se procurer à la fois le pain et les pommes, mais lorsque le breuriez concerne de nombreuses familles, deux familles voisines sont adjudicatrices – l’une pour le pain et l’autre pour l’arbre et les pommes – afin que le tour du breuriez ne se réalise pas en un nombre d’années trop important.

L’assistance recueillie reprend en commun les grasou an anaon (prières mortuaires, en breton : « les grâces »), que récite à genoux le pedenner (souvent la même personne qui a l’habitude de commencer et de diriger les prières), puis le De profundis et le « chapelet des morts ».

Une fois les prières terminées, chaque famille vient prendre son pain dans la corbeille et laisse en échange une obole dont la valeur est laissée à l’appréciation de chacun.

À proximité des pains sont aussi à « vendre » des petites pommes (parfois nommées avalou an anaon : « pommes des âmes » ou « pommes de Toussaint »), disposées dans des paniers ou des cageots et que tout le monde peut « acheter » contre une obole généralement assez élevée comme pour le pain. Ce sont souvent les enfants qui en prennent, ce jour étant pour eux une véritable fête. Il peut arriver qu’on présente aussi des nèfles et même des poires en supplément. Les fruits du breuriez proviennent des vergers de la famille adjudicatrice ou, si elle n’en a pas, elle achète les fruits chez un voisin, un ami ou dans une ferme disposant de vergers. Après quelques propos, tout le monde se sépare et chacun rentre chez soi.

Le soir dans les maisons, le « pain des trépassés » est partagé avant le dîner en autant de parts qu’il y a de membres dans la famille, et l’on mange son morceau sec après avoir fait le signe de croix. Parfois on ajoute aussi d’autres prières en plus de la lecture du Buhez ar Zent (Vie des Saints).

Le lendemain, l’argent recueilli est apporté au prêtre de l’église paroissiale, qui annonce en chaire le dimanche suivant les sommes réunies par breuriez. Mais l’adjudication de l’« arbre », autant que les enchères et les oboles pour le pain ou les pommes, sont ici strictement symboliques et ne participent pas d’une quelconque opération commerciale. En fait, l’argent sert à faire dire des messes pour le repos de l’âme des disparus.

Breuriez des jeunes et des anciens

Parfois, le produit de la « vente » de l’« arbre » et du pain bénit revient au « breuriez des vieux », le breuriez ar re goz, et il sert en particulier à faire dire des messes pour les anciens ; quant au produit de la “vente” des pommes, il appartient généralement au « breuriez des jeunes », le breuriez ar re yaouank.

Mais ce “marquage” des jeunes et des vieux ne se retrouve pas qu’au jour du breuriez, et selon Gilbert Hamonic, il serait sans doute aisé de déceler au travers de certains rites chrétiens, où le breuriez se doit d’être représenté, un lien direct entre les motifs de ces réunions et l’admission de nouveaux membres dans le groupe social. Les expressions de breuriez ar re yaouank et de breuriez ar re goz viennent ici en témoigner, puisqu’elles sont employées pour définir en pratique la classe d’âge à laquelle appartient un individu. Ainsi par exemple, les nouveaux époux sont admis dans le breuriez ar re goz le jour de leur mariage.

Un an s’écoule alors avant que les membres du breuriez ne se rencontrent à nouveau de cette façon, le jour de la Toussaint.

Le breuriez de Kergarvan

Voyons maintenant plus particulièrement un breuriez, parmi les 23 qui existaient encore à une époque (vers 1915) dans la commune, celui du village de Kergarvan (au sud de la commune de Plougastel-Daoulas).

Le breuriez concernait quatre-vingts familles, réparties dans onze villages que sont, dans l’ordre du déroulement de la cérémonie et en prenant comme point de départ le premier village mentionné par les Plougastels : Runavel, Keralgi, Kerlorans, Traonliorz, Kergarvan, Kereven, le Skivieg, Keramene et le Four-à-Chaux (Forn Raz), Keralkun, Pennaneac’h-Rozegad et Saint-Guénolé (Sant Gwenole).

Selon un habitant de Keralkun, le Rozegad est considéré comme « le coin le plus vrai » de Plougastel, avec le Tinduff. Ici, le breuriez était organisé par deux familles qui gardaient les “arbres” et qui s’occupaient du pain. La cérémonie se déroulait dans les villages, et à Runavel elle se déroulait toujours au run (sorte de petit terrain surélevé derrière des maisons). On amenait toujours beaucoup d’enfants et on leur faisait des promesses : « Si vous êtes sages, vous viendrez au breuriez. » Même les bébés d’à peine un an étaient là. On achetait un tablier ou un bonnet neuf pour les filles. On ne portait sans doute pas des vêtements superbes, mais on était propre comme pour la basse-messe ou les Rameaux. La femme de la famille qui invitait était en sous-coiffe, mais les autres étaient toujours en coiffe comme un dimanche.

Douze à quinze personnes étaient là pour vendre des pommes de deuxième choix. Elles faisaient le tour de l’assemblée et proposaient leurs pommes en faisant monter un peu les prix. Tout le monde en achetait, même ceux qui avaient des vergers, parce que c’était des « pommes de Toussaint ».

On vendait aussi des poires et des nèfles blettes, les meilleures. Après, ceux qui vendaient les pommes passaient dans la maison qui invitait, on leur servait un coup à boire et ils remettaient l’argent des pommes qu’ils avaient vendues à la famille. On demandait alors à deux ou trois personnes d’habiller les arbres”, puis un homme se découvrait et portait le premier « arbre » pour le montrer à toute l’assemblée. Il annonçait une enchère de base et faisait monter les prix. Il se formait déjà deux ou trois groupes au début, qui se lançaient des enchères avec un responsable pour chaque groupe. Le porteur allait d’un responsable à un autre, et au bout d’un quart d’heure on arrêtait, le premier « arbre » était adjugé. L’adjudicataire responsable le prenait et le vendeur prenait la pomme du dessus.

Ensuite, la famille adjudicataire se rendait dans la maison de la famille qui invitait pour lui payer le montant de l’enchère et partager les pommes. S’il ne restait plus qu’une équipe, elle se divisait en deux et on reprenait les enchères jusqu’au même prix atteint précédemment par le premier « arbre ». Mais à la fin, si l’équipe avait dû se diviser, elle se réunissait à nouveau pour que chacun profite du second arbre, et de même s’il était resté deux équipes normales. Il est arrivé parfois qu’un groupe supplémentaire se crée et paye le prix fort pour obtenir l’arbre. En général, c’était parce qu’il y avait eu un décès dans une famille.

Un jour, le mouvement de jeunesse agricole chrétienne dirigé par le curé, a pris l’argent de sa caisse pour se faire adjuger l’arbre du breuriez, mais le curé a été très en colère de voir partir tout l’argent du mouvement de cette façon.

Les deux équipes de douze ou quinze personnes, auxquelles les « arbres » étaient adjugés et qui formaient quelques familles, revenaient l’année suivante vendre des pommes et garnir les « arbres ». En fait, l’arbre ne revenait pas à une équipe qui se partageait seulement les pommes. Il revenait au voisin dont c’était le tour dans le village, et il le gardait chez lui parce que sa maison était celle de la famille qui invitait l’année suivante.

Il n’y avait que le pain béni qui était à la charge des deux familles. À l’église, le dimanche suivant, on annonçait l’argent récolté par le breuriez, et là on voyait quel breuriez était le plus « puissant ».

Il fallait à peu près 40 ans pour effectuer le tour du breuriez de maison en maison. Il s’est éteint à Keralkun en 1972.

Description des arbres du breuriez

Les arbres du breuriez sont deux tiges travaillées à 8 pans, taillées dans l’if, écorcées, écotées et taraudées. Ils sont presque identiques. Sur l’un, le fabricant a assujetti 36 dents de bois avec la pointe du sommet, et il en manque désormais 5 avec celle du sommet. Il mesure 1,09 m×0,13 m (hauteur×circonférence). Il porte une bague de métal au manche, ainsi que la marque en creux : G× JM° kergarvan = 1951.

L’autre « arbre » porte 38 dents de bois avec celle du sommet, et il en manque une. Il mesure 1,17 m×0,14 m (hauteur×circonférence). Il porte la même bague de métal au manche, ainsi que la marque en creux : G× JM° K = van 1951. Donc, en 1951, le fabricant des « arbres » se nomme Jean-Marie Grignoux, du village de Kergarvan.

Il subsiste un autre arbre du breuriez, de surcroît plus ancien, et que l’on peut observer au Musée des arts et traditions populaires à Paris. Cet “arbre” est présenté dans la vitrine intitulée « Fêtes calendaires publiques », afin d’illustrer la Toussaint.

Le dossier d’objet de ce musée mentionne que « arbre à pommes » est dénommé « arbre des morts » ou gwezen an anaon. Il est entré dans les collections en 1966. Il se présente sous la forme d’une tige de bois travaillée à huit pans, écorcée, écotée et taraudée. Il est hérissé de 41 dents de bois. Il porte la marque en creux : 1864.

L’« arbre » mesure 1,08 m×0,195 m (hauteur×circonférence). Le dossier d’objet précise en outre que Jean-Marie Grignoux est le donateur de l’arbre exposé, qui a remplacé en 1951, par des nouveaux, les deux anciens arbres, dont celui-ci daté de 1864 et un autre daté de 183... ? L’arbre a été collecté le 1er novembre 1966 au village de Kergarvan par Jean-Pierre Gestin, Conservateur du Parc Naturel Régional d’Armorique.

Il existait également deux petits « arbres » (gwezennig) en aubépine noire, portant chacun trois pommes, et posés sur la table à côté du pain, que l’on retrouve sur des photographies prises au Skivieg en 1958, ainsi que sur les documents vidéo réalisés par Jean-Pierre Gestin en 1966 et 1968 au village de Keralkun.

Conclusion

L’extinction des breuriez de Plougastel-Daoulas s’est échelonnée au cours du XXe siècle : le nombre de breuriez a diminué d’abord très lentement (passant de 23 en 1915 à 14 en 1960), puis rapidement (4 en 1970, 1 en 1970, 0 dans les années 80).

Relativement à l’extinction de l’ensemble des breuriez, on peut estimer que celui du village de Kergarvan est représentatif, et on remarque que l’intérêt s’était complètement estompé dans les années 1970, comme presque partout ailleurs dans la commune à cette date. Les conditions et les motivations profondes de la raison d’existence de la cérémonie du breuriez avaient alors totalement disparu.

Il s’agit là des conséquences ultimes d’une solution de continuité entre un passé traditionnel et le présent. La désagrégation des breuriez illustre, en tant que l’un des effets les plus marquants, la déstructuration et la désintégration des parties constituantes de l’ancienne société plougastellen – c’est-à-dire un état d’anomie par rapport à un mode de vie traditionnel antérieur –, en attendant que s’y substitue le Plougastel de demain, dont la potentialité s’exprime déjà pleinement aujourd’hui.

Sources / bibliographie

Charles Le Goffic, Une cellule de l’organisme breton (Plougastel), Buhez Breiz, n°32 à n°42, août 1923 à juin 1924, rééd. dans L’Âme bretonne, 4e série, Paris, 1924, p. 68.
Gilbert Hamonic, Les relations d’échange d’une communauté paysanne de Basse-Bretagne. Essai d’ethnohistoire sur les breuriez de Plougastel-Daoulas, Paris, 1977, p. 79.
Henri-François Buffet, En Bretagne morbihannaise. Coutumes et traditions du Vannetais bretonnant au XIXe siècle, Grenoble–Paris, 1947, p. 131.
Donatien Laurent, Le juste milieu. Réflexion sur un rituel de circumambulation millénaire : la troménie de Locronan, Tradition et histoire dans la culture populaire. Rencontres autour de l’œuvre de Jean-Michel Guilcher, Documents d’Ethnologie Régionale, n°11, CARE, 1990, Grenoble, p. 260, n. 16.
Jean-Yves Eveillard, Donatien Laurent et Yves-Pascal Castel, Un dieu antique de la fécondité à Plougastel-Daoulas (Finistère), Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, t. CV, 1977, Quimper, p. 82.
Jacques Cambry, Voyage dans le Finistère ou état de ce département en 1794 et 1795, Paris, an VII, 3e éd., annotations par M. le Chevalier de Fréminville, Brest, 1836, p. 249.
Anatole Le Braz, La Légende de la Mort en Basse-Bretagne. Croyances, traditions et usages des Bretons Armoricains, Paris, 1893, 5e éd. 1928, La Légende de la Mort chez les Bretons Armoricains, 2 t., t. I, p. LVII.
Eric Martin, Milieu traditionnel et religion populaire. La cérémonie du breuriez à Plougastel-Daoulas, mémoire de Maîtrise, dact., UBO, Faculté des Lettres et Sciences Sociales Victor Segalen, CRBC, Brest, 1993.
Eric Martin, L’Arbre, la Pomme et la Mort. Un rituel funéraire en Bretagne et en Roumanie, mémoire de DEA, dact., UBO, Faculté des Lettres et Sciences Sociales Victor Segalen, CRBC, Brest, 1994.
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1 commentaire:

Catherine a dit…

De nos jours le breuriez a de nouveau lieu et cela depuis quelques années déjà. Cette année il a certainement eu lieu à Keralcun.